L’ancien ministre Thierno Alassane Sall tombe dans la basse calomnie. Il apparaît comme quelqu’un qui dit tout sur tout et sur tous. Il offre un spectacle nauséeux et cela suscite forcément de l’intérêt pour tous ceux qui sont friands de ce genre de mise en scène mélangeant lâcheté, mauvaise foi et perfidie.

À la vérité, l’homme ne dit pas des exactitudes et ne dit pas tout. Il raconte une histoire tronquée très loin de la réalité. Depuis son départ du gouvernement dans des conditions particulièrement humiliantes, il la claque sans cesse. Mais dans l’histoire qu’il déballe à répétition telle une rengaine, il s’accorde beaucoup de libertés, manipulant des faits, censurant d’autres. Le sens de l’intérêt national qu’il agite a été le dernier de ses soucis. Il a voulu privilégier ses propres intérêts et ceux de ses amis au détriment des intérêts du Sénégal qui seuls inspirent le Président Macky Sall ; c’est la source de la rupture.

La Francophobie qu’il professe n’est qu’un instrument opportuniste de valorisation de son combat aux motivations peu honorables. Au début de l’histoire, les termes du choix opposaient le major Total, un des géants mondiaux du secteur, dont la seule présence est un facteur de crédibilité pour notre pays et une modeste compagnie indépendante qui était déjà titulaire de droits sur un site prometteur où d’ailleurs il a dû céder une partie de ses intérêts à un autre géant de la catégorie de Total, pour pouvoir assurer l’exploitation. Si on avait attribué le permis de recherche à cette compagnie indépendante défendue par Thierno Alassane Sall, il est fort probable qu’en cas de découvertes, elle aurait encore procédé comme elle l’a fait dans le nord du pays : vendre des parts à un géant qui aurait pu être Total pour disposer d’un partenaire capable de mobiliser les lourds financements que nécessite l’exploitation d’hydrocarbures. C’est dans ce plan que s’était inscrit celui qui était alors ministre de l’Énergie. Le Président Macky Sall n’a pas voulu suivre. Pour des raisons stratégiques, celui-ci a prôné dès le départ la diversification de nos partenariats dans la gestion des ressources d’hydrocarbures. Par conséquent, dans ce contexte où le Sénégal était devenu attractif en la matière, on ne saurait envisager d’accumuler les concessions entre les mains d’une seule compagnie qui plus est, aurait toujours besoin de faire appel à plus balèze qu’elle s’il y avait des découvertes à exploiter. C’est d’ailleurs la principale critique qui a été formulée contre l’attribution d’un permis de recherches à Frank Timis, sauf qu’à l’époque, le Sénégal n’avait encore rien révélé et ne présentait pas beaucoup d’intérêt pour les grandes compagnies.

L’attention particulière de Thierno Alassane Sall pour les intérêts de la compagnie indépendante a commencé à se manifester à la suite d’un voyage qu’il a effectué à Houston, métropole pétrolifère américaine où il a été invité et reçu par celle-ci. Malgré le mystère qu’il a tenté d’entretenir au tour de ce voyage, l’on sait que c’est à cette occasion qu’est née la collusion d’intérêts qui l’a converti à une nouvelle religion. Et vu la radicalité avec laquelle il s’est érigé ensuite en représentant de ceux qui l’avaient invité, on peut comprendre aisément qu’ils ont dû se montrer particulièrement persuasifs. Pour quelqu’un qui a toujours attaché le plus grand soin au vernis de valeurs qui enrobait son image, la véhémence avec laquelle il en est arrivé aujourd’hui à brocarder une gestion qu’il a naguère défendue, ne reculant ni devant la contrevérité, ni devant l’incohérence encore moins devant le reniement ni même le ridicule, on est fondé à penser que son activisme n’est certainement pas destinée à l’opinion nationale, mais à ceux avec qui il avait pactisé et à qui il tient à faire comprendre clairement qu’il n’a pas trahi son serment, que c’est plutôt l’échelon supérieur qui a fait des choix dont il se démarque fermement.

Dans la défense des intérêts de ses amis, Thierno Alassane Sall, en tant que ministre de l’Énergie, est descendu bien bas. Après avoir pris connaissance des termes de l’offre du géant Total sur un site jusque-là jamais exploré, il est entrée en scène en faisant état d’une offre concurrente qu’il s’est attelé à embellir et à rendre attractive autant que possible, avec des relents de délit d’initié.

Face à la fermeté du Président de la République, il s’est retrouvé désorienté d’autant plus que, de toute évidence, il s’était déjà enchaîné. Il y a lieu de préciser que, contrairement à ce qu’il laisse entendre aujourd’hui, il n’a jamais dit au Chef de l’État qu’il refuserait de signer le contrat avec Total. Le simple bon sens permet d’ailleurs d’appréhender cette réalité. Il a été viré du gouvernement à une heure très matinale alors qu’il s’était présenté au Palais accompagné de deux de ses collaborateurs pour cette cérémonie de signature à laquelle le Président Macky Sall voulait assister avant de décoller aux environs de 9 heures vers l’Afrique du Sud. En tant que ministre, s’il avait clairement déclaré auparavant qu’il ne signerait pas le contrat, il est évident que son limogeage survenu sur les lieux de la cérémonie aurait été acté bien avant et des mesures auraient été prises pour le faire remplacer à temps.

Cette signature ne l’enthousiasmait pas trop mais il gardait l’espoir de parvenir à la compromettre au dernier moment, pour les intérêts de ses amis. Il était loin d’envisager son départ du gouvernement ce jour-même car il n’avait pas suffisamment anticipé la réaction du Président de la République. Celui-ci, face aux louvoiements de son ministre qu’il a perçus comme de la défiance, a posé un acte fort d’autorité en le chassant du Palais en des termes particulièrement durs non sans lui préciser qu’à partir de cet instant, il n’était plus membre du gouvernement. C’est comme ça que cela s’est passé et tous ceux qui étaient présents ce jour-là, y compris ses deux collaborateurs qui l’accompagnaient, peuvent en témoigner. Pendant que le ministre déchu quittait les lieux la tête basse, le Président de la République donnait ses instructions au secrétaire général de la Présidence pour l’élaboration des décrets formalisant ce changement impromptu dans la composition du gouvernement.

Une fois dehors, Thierno Alassane Sall, dans une fuite en avant désespérée, va se mettre à appeler les médias pour prétendre qu’il venait de démissionner de ses fonctions, une démission sans lettre ni la moindre trace. Pour ceux qui connaissent l’égo surdimensionné de cet individu dont le regard ne quitte jamais le nombril, on peut bien comprendre qu’il soit particulièrement affligé par l’humiliation cauchemardesque qu’il venait de vivre. Mais là aussi, un minimum de bon sens clarifie aisément le flou qu’il tente d’entretenir sur l’initiative de la rupture. S’il était dans des dispositions de démissionner plutôt que de signer le contrat, aurait-il eu besoin de se présenter à cette heure matinale à la cérémonie de signature au Palais ? Que serait-il venu y faire donc ? N’aurait-il pas été plus cohérent pour lui de s’abstenir de se présenter sur les lieux où était prévue la signature et où rien d’autre que la signature n’était prévue ? A défaut, ne se serait-il pas muni d’une lettre de démission prête à être déposée pour matérialiser sa volonté et son acte ? La vérité est qu’il n’a jamais pensé à une démission et ne s’attendait pas à être viré.

Des voix autorisées ont laissé entendre plus tard qu’il était bien venu avec le projet de contrat devant lier l’État à Total, mais aussi avec la forte pression que faisait peser sur lui le pacte qu’il avait scellé ailleurs. Avec le narcissisme qui le caractérise, il avait pensé qu’un report de la cérémonie était plus envisageable que son exclusion brutale du gouvernement. Ce qui l’avait incité à tenter de recourir au dilatoire dans un contexte qui ne s’y prêtait pas. Il a fait les frais de son erreur d’appréciation. Brisé dans son égo, il ne lui restait qu’à assouvir ses instincts revanchards, ce à quoi il s’attèle depuis lors sans s’encombrer de considérations morales. Il est simplement en train de s’enfoncer dans la faillite et la déchéance humaines.

Le contrat a été signé avec Total qui, à l’occasion, a mis sur la table 5 milliards de francs destinés au financement de l’Institut du pétrole créé par le Président Macky Sall et qui est un outil essentiel de sa gestion des ressources d’hydrocarbures au bénéfice du Sénégal. C’était la première fois dans l’histoire de notre pays que la délivrance d’un permis de recherche rapportait de l’argent à l’État, la gratuité ayant toujours prévalu en la matière jusqu’à ce jour. La compagnie a ensuite investi 100 millions de dollars dans des recherches qui ont abouti à un résultat négatif, aucune trace de pétrole ou de gaz n’ayant été trouvée sur le site. Qu’est-ce que le Sénégal a perdu dans cette opération ? D’où vient et où se trouve donc le pétrole sénégalais qui, d’après Thierno Alassane Sall, aurait été complaisamment livré à la France ?

Oumar Khatab FALL

Expert en marketing et management des projets

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