Depuis quelques jours, deux noms occupent les agoras et médias sénégalais : Ousmane Sonko et Adji Sarr. Cette situation fait suite à la série d’accusations de viols répétitifs et menaces de mort portée sur la personne d’Ousmane Sonko et dont Adji Sarr est l’instigatrice. Sans surprise, Sonko a tenu une conférence de presse et a dénoncé un simulacre ourdi depuis les profondeurs du Palais pour le conduire à l’échafaud.

Si l’on s’en arrête un peu sur la déclaration d’Ousmane Sonko, on ne peut pas ne pas nous demander comment Macky Sall et Antoine Félix Diome peuvent être les cerveaux d’un plan aussi foireux. La réflexion sur une telle problématique se justifie de toute sa force dans son contexte et sera à la fois sustentée et creusée dans les lignes qui vont suivre.
Pour justifier de l’intérêt du questionnement de l’affirmation d’Ousmane Sonko, il convient de revenir sur l’historique de certaines manœuvres de Macky Sall pour se dépatouiller d’adversaires politiques. Il faut rappeler que Macky Sall a réussi à gagner les élections présidentielles de 2019 bien avant leur avènement et il s’est appuyé sur un arsenal juridique et politique qu’il a tantôt maitrisé et tantôt modifié pour servir son ambition de préserver le pouvoir.

L’épisode de Karim Meissa Wade qui a été contraint à l’exil avec un incisif Antoine Félix Diome, alors procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite est encore frais dans la mémoire collective. Ce parquetier a également joué un rôle prépondérant en tant qu’Agent judiciaire de l’Etat dans l’affaire Khalifa Sall qui a fait perdre à l’ancien édile de la Ville de Dakar la qualité d’électeur et donc, son éligibilité. 2019 était ainsi tout tracé avec l’absence des opposants majeurs à la course à la magistrature suprême. Il subsistait tout de même une graine d’opposant du nom d’Ousmane Sonko qu’il fallait prendre en compte parce qu’une menace n’étant jamais minime. Le système du parrainage des candidats à la présidentielle a ainsi vu le jour. Cette mesure a permis à Macky Sall de connaitre de facto ses adversaires sérieux et d’élaguer par la même occasion les petites corporations politiques aux manœuvres imprévisibles. Pastef a tout de même survécu à ce raid imprévu en obtenant les signatures nécessaires pour faire entrer son candidat en lice. Le dernier coup de génie de Macky Sall fut le dernier remaniement ministériel qui a chamboulé la configuration de l’espace politique sénégalais avec le ralliement d’Idrissa Seck, le candidat de l’opposition arrivé deuxième à la présidentielle de 2019, à la mouvance présidentielle.

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Au regard de toutes ces interventions que Macky Sall a réussies avec une précision chirurgicale et avec la propulsion d’Antoine Félix Diome son parquetier des grands combats à la tête de l’un des ministères les plus importants de la République à savoir le ministère de l’intérieur, il devient une lapalissade que de dire que Macky détient une puissance de frappe que tout opposant averti devrait craindre. Dans cette histoire de viol qui pèse sur Sonko, vouloir dissocier Macky Sall de l’affaire serait hasardeux mais le désigner comme son dépositaire est un peu tiré par les cheveux ne serait-ce que par rapport à ce qu’on a pu voir de la manifestation de son ingénierie de combat par rapport à ses adversaires politiques. Il appert dès lors nécessaire de s’interroger sur le type de profil qui pourrait être derrière ce qui semble être le plus grand fiasco en matière de simulacre élaboré à des fins politiques au Sénégal. Dans l’entourage de Macky Sall, il existe certainement des personnes qui voudraient se targuer d’avoir éliminé la principale menace de Macky Sall à savoir Ousmane Sonko. Il est donc naturel que les personnes qui gravitent autour du Président puissent essayer, à leur manière, de coincer ce virulent Sonko qui constitue une épine plantée dans le dos du grand chaman du Palais. Cette hypothèse pourrait expliquer les incongruités flagrantes et les incohérences que ce dossier ne cesse de révéler et qui semblent encore loin de connaitre leur épilogue. Si une responsabilité de Macky et de son parquetier de combat est à situer dans cette affaire, ce ne sera certainement pas en amont de cette affaire mais en aval, en tant que finisseurs.

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Quoi qu’il en soit, cet épisode, s’il tourne en faveur d’Ousmane Sonko, sera fatal à Macky et à son régime. Donc que le Président de la République y soit directement associé ou non, il n’a pas intérêt à ce que son principal opposant s’en sorte. Ousmane Sonko a raison de déclarer que c’est l’ultime ou l’avant dernier combat contre le régime de Macky Sall. En effet, le leader de Pastef est arrivé 3e aux dernières élections présidentielles avec un jeune Parti politique en pleine maturation et qui, depuis 2019, ne cesse de s’étendre et de rallier de nouvelles corporations à son projet. Il est donc inutile de dire que le poids de Pastef de 2019 n’est carrément pas le même que celui du Pastef d’aujourd’hui, ne serait-ce que pour les nouvelles alliances conclues et l’élargissement des rangs des Patriotes. A cette base électorale de 2019 et celle qui a rejoint la barque depuis, on peut désormais ajouter la foule de sympathisants que Sonko glanera si jamais il appert clair aux yeux des sénégalais que cette affaire vise son exécution politique. Quoi que l’on puisse dire du peuple sénégalais, il faut quand même lui reconnaitre son aversion pour les grandes injustices. Macky Sall est le premier à pouvoir justifier de cet état de fait car étant lui-même, en 2012, ‘‘victime’’ du régime d’Abdoulaye Wade qui voulait le liquider à tout prix. Aujourd’hui, le régime de Macky Sall a prêté le flanc face à la menace Sonko de la même manière que celui de Wade l’avait fait avec le leader de Benno Bokk Yakar en 2012. Une mauvaise manœuvre de sa part lui coutera cher et il en est conscient. C’est pour cette raison qu’Ousmane Sonko devra lutter pour éviter le gouffre dans lequel on cherche à le précipiter et demeurer désormais sur le qui-vive jusqu’aux échéances de 2024.

Le petit Sénégalais

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