La maladie est présente au Sénégal depuis plus d’un mois. D’abord par importation et ensuite par ce qui s’appelle la transmission communautaire, par défaut d’identification de la source. En ce mois d’avril, la transmission communautaire est au cœur de la stratégie de lutte contre le covid-19.
Le Président de la République a pris des décisions à la hauteur de la gravité de la situation. Sont-elles suffisantes ? Elles correspondent à ce que la société sénégalaise peut supporter, en attendant ….

Je dois aussi souligner et saluer le travail extraordinaire fait par le ministère de la santé, de l’équipe en charge de la lutte contre cette pandémie pour la stratégie élaborée, de la mobilisation dévouée du corps médical, des administrations publiques et les résultats exceptionnels obtenus. Ce travail est loué par la communauté internationale. Mais cet effort formidable risque d’être réduit à néant si la transmission communautaire n’est pas contenue.

Le confinement partiel de la population est dicté par l’état de développement de la société sénégalaise, caractérisée par la domination du caractère informel de l’activité économique. Le confinement total exposerait le pays à des émeutes généralisées de la faim, parce que l’Etat ne peut pas nourrir les populations, en raison du manque de ressources financières, de logistiques et de capacités organisationnelles à cet effet. Donc scénario inenvisageable.
La situation actuelle, dictée par le réalisme, n’est pas le meilleur moyen d’endiguer la transmission communautaire. Elle expose le pays à une situation sanitaire difficilement maitrisable. Alors que faire ?

Pour y répondre, il faut s’inspirer des leçons d’expériences récentes du monde.
Parmi les pistes examinées par Monsieur le Président de la République, je suggère de partir d’un acquis considérable, à savoir la généralisation du téléphone portable en ville comme en campagne, pour retracer le parcours des cas communautaires porteurs du Covid-19 sur les quinze derniers jours au minimum, et identifier les individus ayant pu être en contact avec eux grâce aux numéros de téléphone et aux données de géolocalisation ou du Bluetooth.

Ainsi tout individu se trouvant à moins de deux mètres d’une personne contaminée pendant deux minutes ou plus, peut être identifié et mis en confinement total sur une période de 15 jours après le premier contact avec ce cas positif.
L’intérêt d’un tel dispositif : garder la situation sous contrôle pour éviter l’explosion du système sanitaire, limiter la transmission communautaire par le respect de la distanciation sociale, repérer les personnes à prendre en charge pour faciliter une plus grande efficacité de l’action des gestionnaires de la crise sanitaire, renforcer la vigilance des populations, à domicile comme en déplacement pour se rendre au travail, au marché, à la pharmacie, à la banque, au lieu de soin.

Un tel dispositif, utile pour circonscrire le covid-19 et l’éradiquer, sera encore très utile pour la gestion post- état d’urgence. Deux questions se posent.
La première, qui concerne la mise en place du système de traçage de la présence du Covid-19 dans la population, est financière et non technique, parce qu’elle fonctionne ailleurs. Donc pas de temps à perdre pour réinventer la roue en cas d’option pour une telle solution, qui peut être domestique ou importée.

La deuxième, plus complexe, est d’ordre politique parce qu’elle concerne ce que l’on appelle la protection des données personnelles et donc des libertés.
Oui, c’est un problème. Mais avant d’avancer et de tenter d’y répondre, se pose une autre problématique : la protection de la santé publique. Au nom des libertés, fussent-elles constitutionnelles, le droit à la contamination volontaire ou involontaire peut-il avoir droit de cité dans une communauté humaine ? Le premier droit de l’homme n’est-il pas le droit à une vie saine et digne ?

Alors pour répondre à la question du traçage du covid-19 parce que c’est de cela qu’il s’agit, la situation socio-économique du pays et la nécessité de permettre aux populations de rechercher les moyens d’une survie même en temps de crise sanitaire, parce que l’Etat n’a pas les ressources d’entretenir la société en confinement total ou partiel durable, la fragilité de l’état du système sanitaire du pays, les ressources très limitées de l’Etat : tous ces éléments plaident pour un traçage urgent et ciblé des cas communautaires.
A la date du jour, il ne s’agirait que d’une surveillance partielle puisque la population concernée par ces investigations est de l’ordre de la centaine voire du millier et ne couvre pas encore l’intégralité de la population.
Le traçage est la solution la plus économique possible pour juguler le covid-19, anticiper le déconfinement, limiter la crise économique née de la crise sanitaire, éviter une crise sociale et politique.

Bien sûr, le traçage viendrait participer à la foultitude de mesures édictées par l’Etat.
Le Sénégal doit oser se donner les moyens de faire face à une situation universelle inédite. Il doit continuer d’innover dans sa gestion de la crise, de la sortie de crise et de la reconstruction du pays, en s’instruisant des expériences d’ailleurs et en convoquant son génie propre.
Le temps n‘est pas à la polémique et à l’ergotage. Une guerre déclarée doit être gagnée. Celle-ci peut être gagnée à moindres effets par un peuple discipliné, solidaire et vigilant derrière un Président et un gouvernement soucieux uniquement de la sauvegarde nationale.
Nous ne vivons pas le temps de la politique et de la dispersion. C’est pourquoi tous les acteurs de la société, parce que c’est là l’intérêt de tous, doivent soutenir le Président de la République dans ce qui s’entreprend, y compris s’il envisage un traçage général, parce que la lutte efficace contre le covid-19 l’exigerait.

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