Ce soir, Antoine Félix Diome, le ministre de l’intérieur du Sénégal, s’est livré au nom du gouvernement sur la situation chaotique qui secoue le pays depuis l’arrestation d’Ousmane Sonko.

Dès l’entame de son propos en français, Antoine Félix Diome a affiché une sérénité qui aurait fait rougir le maitre de l’Olympe et un ton foncièrement autoritaire. Par le calme affiché, Antoine déconstruit cette idée de ‘’panique au Palais’’ qui est véhiculée depuis peu dans l’opinion publique. Quant au ton utilisé dans son discours, il réaffirme implicitement l’intention de l’Etat de maintenir et de préserver son autorité avec tous les moyens dont il dispose.

Si l’on s’en arrête un peu à la façon dont il a briefé l’opinion sur les faits à l’origine de l’apocalypse que vit le Sénégal depuis l’arrestation du leader de Pastef, on se rend compte qu’il a pris le temps de s’élever et de se détacher du sujet en évitant de nommer les parties prenantes et en les présentant comme des justiciables auxquels le Droit a reconnu des prérogatives et des devoirs. Sur ce point, il rompt avec cette posture commune à la plupart des membres de l’Apr qui se sont prononcés sur la question et qui, par moment, se sont fourvoyés dans le gouffre de la ‘‘condamnation avant procès’’ d’Ousmane Sonko. De par cette posture, Antoine Félix Diome vend à l’opinion l’image d’un Etat impartial et soucieux de la bonne marche d’une justice dont l’indépendance est avérée.

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Sur un ton rigide et un tantinet défiant, le ministre de l’intérieur s’est adressé aux auteurs des actes de vandalisme, des vols et des pillages qui ont accompagné les mouvements d’humeur. A ceux-là, Antoine Félix Diome a affirmé dorénavant, son intention de les traquer et de les mettre hors d’état de nuire avec la diligence qui sied.

L’essentiel du discours d’Antoine Diome a été implicitement destiné à la jeunesse (la principale force qui s’est illustrée lors des manifestations) avec des mots spécifiquement choisis pour le poser en grand frère moralisateur qui exhorte ses jeunes frères à aller s’instruire. Implicitement, il leur nie leur élan légitime de protester contre ce qu’ils jugent injuste. A la place, il a épousé une attitude plutôt paternaliste qui a consisté à leur demander d’aller se forger dans le savoir et de retourner aux grandes valeurs socioreligieuses qui ont bercé l’enfance de tous les dignes fils du pays.

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Après la jeunesse, la cible d’Antoine fut les adversaires de l’Etat dans le dossier Ousmane Sonko. Presque toutes les étiquettes péjoratives ont nimbé sa qualification de leur attitude, ‘‘terroristes’’, ‘‘individus dont le but est d’affaiblir l’autorité étatique’’, tout a été pensé pour décrédibiliser les acteurs de cette ‘‘révolution’’ aux yeux de l’opinion publique. De par son langage, le ministre de l’intérieur a non seulement ôté aux mouvements d’humeur leur légitimité mais il a aussi posé ses acteurs majeurs comme des ennemis de l’Etat de Droit qu’il faut empêcher de nuire avant qu’ils n’annihilent les acquis démocratiques que les pères de la Nation ont passé leurs magistères à consolider. Grosso Modo, le ministre de l’intérieur a interverti les rôles avec la puissance de la voix ‘‘légitime’’ de l’Etat.

Le petit Sénégalais

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