Au Sénégal, la liberté provisoire a les atours d’une liberté définitive. Ils sont nombreux les inculpés VIP à humer l’air de la liberté, alors que leurs dossiers sont quelque part dans les labyrinthes de la justice.
Cheikh Béthio Thioune, la baraka provisoire
Qui ne s’en rappelle pas ? L’affaire du double meurtre à Médinatou Salam (Mbour) a défrayé la chronique, en 2012. Elle a valu au guide des ‘’Thiantacounes’’ Cheikh Béthio Thioune et 11 de ses disciples, présumés auteurs de ces crimes, d’être placés sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Thiès. Pour cette affaire, le marabout a été inculpé de complicité d’homicide, d’association de malfaiteurs, de détention d’armes sans autorisation, de recel de cadavres et d’inhumation de cadavres sans autorisation.

Suscitant un brin d’espoir pour les familles des 2 victimes à savoir Bara Sow et Babacar Diagne qui étaient des disciples du Cheikh. Elles, qui réclament que justice soit faite dans cette affaire. Ainsi, l’instruction a été vite bouclée. Puis, le guide transféré à la prison de Rebeuss, avant son transport au pavillon spécial de l’hôpital Aristide le Dantec, au motif qu’il avait des problèmes de santé.

Il s’en est suivi une demande d’autorisation de sortie du territoire, pour aller se soigner en France, introduite par ses conseils devant le juge d’instruction de Thiès en charge du dossier. Une requête qui a reçu un avis favorable. Ensuite, Cheikh Béthio Thioune a fini par obtenir la liberté provisoire, après une série de manifestations et des plaidoyers en sa faveur. Depuis, le guide des ‘’Thiantacounes’’ a été aperçu aux côtés du président de la République, lors d’une cérémonie officielle. Au même moment, certains de ses coïnculpés sont derrière les barreaux, attendant de connaître le sort qui leur est réservé. Les parties civiles, elles, continuent de crier à l’injustice. Jusqu’à quand ?

Luc Nicolaï, le promoteur d’appels
Le promoteur de lutte est une célébrité. Donc, son cas tient en haleine l’opinion, et il mérite qu’on s’y attarde. Luc Nicolaï a été cité dans une histoire de drogue. Jugé devant le tribunal correctionnel de Dakar avec ses coprévenus, il a été reconnu coupable, avant d’écoper d’une peine de 5 ans dont 2 ans de prison ferme. En sus de devoir payer 6 milliards F CFA en guise de dommages et intérêts au patron de Lamantin Beach hôtel, Bertrand Touly. Non content de cette décision rendue en première instance, les avocats de la défense ont interjeté appel. Du fond de sa cellule, Nicolaï a obtenu la liberté conditionnelle, à l’instar de beaucoup de détenus ‘’Vip’’ comme le journaliste Cheikh Yérim Seck condamné pour viol.

Devant la Cour d’appel de Dakar, en janvier 2016, le juge lui a infligé une peine de 5 ans dont 3 ans ferme, accompagnée d’un mandat d’arrêt et 500 millions F CFA de dommages et intérêts. De procédure en procédure, ses conseils se sont pourvus en cassation. La Cour suprême a cassé le verdict de la Cour d’appel de Dakar.

En 2017, son procès en appel a été ouvert devant la Cour d’appel de Saint-Louis. Le président de ladite juridiction a confirmé ses collèges de Dakar. Et la sentence a été plus lourde pour Luc Nicolaï. Il a été condamné à 5 ans dont 4 ans ferme pour détention de drogue, association de malfaiteurs, tentative d’extorsion de fonds et complicité de ces chefs. Pis, il devra allouer les sommes de 100 et 200 millions de F CFA respectivement à Bertrand Touly et au Lamantin Beach hôtel pour toute cause et préjudice subis.

Pour boucler la boucle, le juge lui a décerné un mandat d’arrêt. Un mandat qui tarde à être exécuté. Il nous revient que le célèbre promoteur de la Petite Côte (Mbour) se la coule douce dans sa résidence sise à Saly. Dépité par cette ‘’injustice’’, Bertrand Touly est retourné dans son pays d’origine, après avoir gelé ses activités au Sénégal où le citoyen ‘’singulier’’ Luc Nicolaï reste ‘’introuvable’’. Il a entre-temps rejoint les rangs du parti au pouvoir, l’Alliance pour la République. Reste à savoir s’il y a un lien de cause à effet.

Thione Seck ou la voie d’une liberté définitive
En liberté provisoire depuis 3 ans, Thione Ballago Seck semble plutôt bénéficier d’une liberté définitive. Pourtant, la procédure judiciaire de cette affaire avait bien démarré. Placé sous mandat de dépôt, depuis le 2 juin 2015, pour association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie et de détention de faux billets en devise et blanchiment d’argent d’une valeur de 43 millions d’Euros soit 26 milliards de F CFA, le leader du Raam-daan n’est toujours pas fixé sur son sort. Là où son coïnculpé, le Malien Ablaye Djitèye, est toujours dans les liens de la prévention.

Le père de Wally n’a dû son salut qu’à son dossier médical : ‘’son état de santé est incompatible avec la détention’’. 8 mois après son inculpation, le juge du 2ème Cabinet du tribunal régional hors classe de Dakar, Samba Sall, lui a ouvert les portes de la prison de Cap Manuel, quoique l’instruction de son dossier peine à être clôturée. La cause, le parquet n’a pas encore fait son réquisitoire définitif qui doit permettre au juge d’instruction de prendre une ordonnance de non-lieu ou de renvoi devant la juridiction compétente. Pendant ce temps-là, l’auteur de ‘’Mathiou’’ a retrouvé la scène et se permet même de nier les faits, lors de ses sorties médiatiques.

En tout cas, beaucoup de zones d’ombre entourent ce dossier bien rangé dans les tiroirs de Dame justice.

Bamba Fall en roue libre
L’affaire du saccage de la Maison du parti socialiste (Colobane, Dakar) est en route pour être rangée aux oubliettes. Depuis les auditions au fond bouclées en janvier 2017, le dossier est resté sur place. Le maire de la Médina et ses coïnculpés ont été placés sous mandat de dépôt pour association de malfaiteurs, tentative d’assassinat, menaces de mort, violences ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (Itt) et destruction de biens appartenant à autrui. Les faits se sont déroulés le 5 mars 2016, le jour où le Parti socialiste (Ps) a convoqué son Bureau politique pour confirmer sa décision de voter ‘’Oui’’ au référendum du 20 mars. La rencontre s’était terminée en queue de poisson, émaillée de plusieurs actes de vandalisme reprochés aux partisans du ‘’Non’’.

Les avocats de la défense ont, par la suite, introduit une demande de mise en liberté provisoire pour l’édile et Cie devant le magistrat instructeur. Ladite requête a été communiquée au procureur de la République pour avis, avant que le juge ne donne un avis favorable. Récemment, une délégation gouvernementale avec à sa tête le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, est venue présenter ses condoléances à Bamba Fall, lors du rappel à Dieu de son oncle maternel, Khadim Mbaye. Avec cette ‘’entente parfaite’’, ce dossier qualifié de ‘’politique’’ ne sera qu’un mauvais souvenir pour le maire de la Médina, le Directeur de Cabinet de Khalifa Sall, Bira Kane Ndiaye, le chef de cabinet du maire de Grand-Yoff, Bassirou Samb, Cheikh Tidiane Sall, Abdourahmane Mbaye, Abdoulaye Wone, Saliou Mbacké Diop, Malick Kébé Dieng, Maguette Ba et Amath Diouf.
limametti.com

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